Projet solaire sans courbe Linky : bâtir un profil provisoire par mesures ciblées
09.10.2026
Sans courbe de charge, des relevés de compteur, un inventaire des usages et quelques mesures ciblées permettent de construire une estimation exploitable — à confirmer avant de figer le dimensionnement solaire.
Commencer par ce que le compteur sait déjà
L’absence de courbe Linky ne signifie pas qu’il n’existe aucune donnée utile. Enedis répertorie parmi les données de comptage l’historique de consommation, les index quotidiens, la puissance maximale quotidienne et, lorsque disponible, l’historique de courbe de charge. L’espace client, l’open data ou une demande à Enedis sont des pistes pour récupérer ce qui existe. [Consulter les données de comptage disponibles chez Enedis](https://www.enedis.fr/faq/gerer-sa-consommation-delectricite/quelles-donnees-de-comptage-obtenir-aupres-denedis). Mais un total annuel ne révèle pas à quelle heure l’énergie est utilisée. Et le compteur Linky lui-même n’attribue pas les kilowattheures à chaque appareil : il mesure la consommation globale du foyer. [Enedis le précise dans sa FAQ Linky](https://www.enedis.fr/faq/compteur-linky/le-compteur-linky-connait-il-le-detail-des-consommations-de-chaque-appareil). Le profil à reconstruire est donc une approximation temporelle, pas une désagrégation exacte de la facture.
Faire un relevé de référence avant de mesurer les usages
Notez l’index du compteur à heure fixe chaque jour pendant deux semaines, en inscrivant également les dates d’absence, les changements de météo marquants et les usages inhabituels. Le delta entre deux index donne l’énergie de la période; ce relevé quotidien aide à repérer les jours de forte consommation, mais ne dit pas à lui seul ce qui se passait à midi plutôt qu’en soirée. Conservez aussi douze mois de factures ou d’historiques si vous les avez : ils évitent de traiter une courte campagne de mesures comme une année entière. Avant de repartir de zéro, vérifiez si le compteur contient encore des données horaires. Enedis indique qu’elles peuvent être enregistrées localement pendant cinq mois glissants; ce n’est toutefois pas une promesse qu’elles sont activées ou accessibles dans chaque situation. [Politique de données Enedis](https://www.enedis.fr/donnees-personnelles).
Cibler les appareils qui changent le résultat
Commencez par les charges permanentes ou importantes : chauffe-eau, chauffage électrique, pompe, congélateur, ventilation, recharge de véhicule, puis les appareils déplaçables comme lave-linge ou lave-vaisselle. Pour un équipement branché sur prise, un wattmètre temporaire peut aider; pour un circuit fixe, ne démontez pas le tableau électrique : demandez une mesure à un électricien ou utilisez une mesure globale au compteur. Pour chaque usage, consignez puissance observée ou énergie mesurée, durée, heure de démarrage, jours concernés et saison. Un appareil à cycles ne tire pas sa puissance nominale pendant toute la durée d’un programme : si vous ne pouvez mesurer qu’un cycle, relevez son énergie totale plutôt que de multiplier une puissance de pointe par le temps complet. Le résultat reste une estimation à l’échelle du foyer, cohérente avec la limite d’un compteur qui ne sépare pas spontanément les appareils.
Transformer les observations en profil provisoire
Construisez un tableau simple par tranches horaires — par exemple matin, milieu de journée, fin d’après-midi et nuit — avec une ligne pour chaque journée observée. Placez les consommations mesurées dans leur tranche; répartissez le socle continu sur les heures où l’appareil fonctionne. Distinguez semaine et week-end, puis signalez les usages saisonniers au lieu de les étendre artificiellement à tous les mois. Exemple de calcul, non mesure d’un logement : un appareil mesuré à 600 W qui fonctionne deux heures consomme 1,2 kWh (600 × 2 ÷ 1 000). Si ce cycle n’a lieu que trois fois par semaine, notez son énergie dans ces créneaux et comparez-la au total relevé au compteur. Si la somme estimée et le compteur s’écartent, cherchez d’abord les oublis, les durées surestimées ou la période de relevé différente; ne forcez pas les nombres à coïncider.
S’en servir pour comparer, pas pour promettre
Avec ce profil, comparez des scénarios de production à la même échelle temporelle : quels usages peuvent se dérouler lorsque les panneaux produisent, et quelle part reste principalement le soir ou la nuit ? Un total annuel seul ne suffit pas à établir cet ajustement. L’ADEME traite l’autoconsommation comme un sujet technique et réglementaire distinct; son avis de 2025 constitue un repère de cadrage, non une validation de votre estimation individuelle. [Voir la notice de l’avis ADEME sur l’autoconsommation photovoltaïque](https://librairie.ademe.fr/energies/8121-avis-de-l-ademe-sur-l-autoconsommation-individuelle-d-origine-photovoltaique.html). Présentez le résultat comme une fourchette provisoire, avec ses hypothèses et les jours réellement mesurés. Chauffage hivernal, occupation changeante, vacances ou futurs équipements peuvent rendre la campagne atypique. Pour le choix final de puissance et les aspects de raccordement, demandez un calcul de production adapté au toit et faites vérifier les hypothèses par un professionnel; quelques relevés ciblés améliorent l’échange, mais ne remplacent ni une année représentative ni une étude de projet.