Solaire au quotidienGuidesCalculateurs

LID et LeTID : deux dégradations solaires à distinguer

09.10.2026

La LID classique liée au bore-oxygène et la LeTID sont deux instabilités distinctes du silicium photovoltaïque. Le matériau, la température d’exposition et les conditions de mesure comptent ; une baisse de production ne suffit pas à identifier laquelle est en cause.

Deux phénomènes, pas deux noms d’un même défaut

Dans le langage photovoltaïque, LID signifie « dégradation induite par la lumière », mais ce sigle recouvre plusieurs phénomènes. Pour parler précisément de la forme classique associée au bore et à l’oxygène, on emploie souvent BO-LID : dans des cellules en silicium cristallin, des défauts bore-oxygène contribuent à la dégradation du volume actif [étude NREL sur la LID](https://research-hub.nlr.gov/en/publications/understanding-light-induced-degradation-of-c-si-solar-cells-prepr/). LeTID désigne une dégradation liée à la lumière et à une température élevée, repérée d’abord dans du silicium multicristallin [étude publiée dans Scientific Reports](https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9110720/). Il ne s’agit donc pas simplement d’un autre nom pour la perte initiale associée aux défauts bore-oxygène. Distinguer le phénomène est important : le sigle seul ne révèle ni le matériau concerné ni l’ampleur de la perte attendue.

Le matériau et les conditions d’essai comptent

La distinction est utile parce qu’une cellule ne réagit pas seulement à l’ensoleillement reçu sur le toit. La composition du silicium, les défauts présents et les conditions d’exposition interviennent aussi. Une étude expérimentale de 2022 a examiné des cellules à contacts passivants poly-Si sur silicium Czochralski dopé au gallium, sous éclairage d’un soleil et à température élevée [étude expérimentale publiée dans Scientific Reports](https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9110720/). Cette expérience sur une architecture précise ne permet pas d’affirmer que toutes les cellules d’une même famille de modules auront la même amplitude, ni de déduire leur comportement à partir du seul nom commercial.

Ne pas transformer un essai en prévision pour une toiture

Un essai mené sous éclairage d’un soleil et à température élevée décrit le comportement d’un échantillon dans ces conditions, pas une prévision de perte annuelle pour une installation résidentielle. Sur un toit, l’irradiance et la température des modules évoluent avec la météo, l’orientation et les périodes d’ombre. Le résultat expérimental doit donc être lu avec son protocole et sa technologie en tête. Il est utile pour isoler un mécanisme ou comparer des cellules en conditions définies, mais ne se transpose pas directement à la production d’une maison. Pour évaluer un cas réel, il faut examiner l’installation concernée et les mesures disponibles plutôt que reprendre un pourcentage de laboratoire hors contexte.

Pourquoi une courbe de production ne suffit pas

Les observations de terrain peuvent faire apparaître des écarts, mais ne donnent pas à elles seules une identification du défaut. Dans un cas d’étude portant sur environ trois années de fonctionnement, cinq rangées sur six ont décliné plus vite que la meilleure rangée, alors que les modules étaient du même fabricant et du même modèle [étude NREL en centrale](https://research-hub.nlr.gov/en/publications/light-and-elevated-temperature-induced-degradation-letid-in-a-uti-4/). Les auteurs ont rapproché les mesures de terrain de caractérisations électriques et d’essais accélérés en laboratoire pour conclure à une évolution cohérente avec LeTID. De leur côté, des travaux sur la LID bore-oxygène montrent que le temps de récupération d’une plaquette témoin et celui d’une cellule peuvent différer. Autrement dit, une chute de rendement observée dans un suivi n’est pas une signature unique.

Les vérifications utiles pour un propriétaire

Si la production paraît baisser, commencez par rassembler l’historique de l’onduleur, les périodes concernées et les éventuelles modifications de l’installation. C’est une précaution de diagnostic, non un test permettant de reconnaître LID ou LeTID. Demandez ensuite à l’installateur ou au mainteneur si les données permettent de distinguer une variation de production d’une perte durable de puissance, et quelles mesures complémentaires seraient pertinentes. Pour attribuer une dégradation à LeTID, l’étude de terrain citée a combiné l’analyse des performances avec la caractérisation de modules en laboratoire ; elle décrit la confirmation sur un petit échantillon, et non une conclusion tirée d’un seul relevé de production. Évitez donc de traiter un module ou de modifier l’installation sur la seule base d’un diagnostic supposé.

Sources

  1. National Laboratory of the Rockies (NREL)
  2. National Laboratory of the Rockies (NREL)
  3. Scientific Reports / PubMed Central