Données à la demi-heure : quelles limites pour simuler les flux solaires ?
09.10.2026
Une valeur moyenne sur 30 minutes aide à comparer production et consommation, mais ne décrit pas leur synchronisation à l’intérieur de l’intervalle. Pour simuler les flux solaires, il faut distinguer courbe individuelle et données agrégées, vérifier la granularité des séries et adapter le pas à la question posée.
Une moyenne, pas un flux instantané
Une courbe de charge au pas de 30 minutes résume chaque intervalle par une puissance moyenne. Elle est utile pour suivre un profil quotidien, comparer des journées ou faire un premier bilan énergétique ; elle ne dit pas à quel moment précis, dans la demi-heure, une consommation ou une production a eu lieu. Le pas des séries Linky n’est d’ailleurs pas automatiquement de 30 minutes : le guide technique d’Enedis énumère plusieurs pas possibles, dont 10, 15, 30 et 60 minutes. Avant toute simulation, vérifiez donc l’horodatage et la durée réellement associée à chaque point.
Le décalage qui disparaît dans l’agrégation
Voici un exemple purement illustratif. Dans une demi-heure, une installation produit 2 kW uniquement pendant le second quart d’heure, tandis qu’un appareil consomme 2 kW uniquement pendant le premier. Les deux courbes moyennes valent alors 1 kW sur la demi-heure : une comparaison directe de ces moyennes peut laisser croire à une autoconsommation de 0,5 kWh. En réalité, dans cet exemple, les périodes ne se chevauchent pas et toute l’énergie produite est injectée tandis que l’appareil est alimenté par le réseau. La moyenne conserve les quantités globales par intervalle, mais efface leur ordre et leur simultanéité. La CRE rappelle que les productions renouvelables, dont le solaire photovoltaïque, peuvent varier fortement dans une demi-heure ; le biais importe donc surtout lorsque l’objectif est de quantifier l’énergie réellement consommée au moment où elle est produite.
Ne pas confondre données de compteur et pas du marché
Le mot « demi-heure » ne désigne pas une granularité universelle. Le guide Enedis décrit plusieurs pas de courbe Linky ; séparément, la CRE précise que le pas de règlement des écarts est passé de 30 à 15 minutes au 1er janvier 2025. Ce changement de marché ne transforme pas automatiquement toutes les séries historiques en mesures au quart d’heure. Une simulation doit conserver le pas réellement fourni et signaler les conversions : découper artificiellement une valeur de 30 minutes en deux valeurs de 15 minutes ne crée aucune information nouvelle.
Ce que les données Linky permettent — et ne permettent pas
Pour un site équipé en photovoltaïque, Enedis indique que Linky mesure la consommation du site et le surplus injecté. Ces grandeurs donnent des éléments utiles au bilan, mais une courbe agrégée ouverte au public répond à une autre question : le jeu national Enedis des points de soutirage inférieurs ou égaux à 36 kVA restitue des courbes moyennes et un nombre de clients. Il ne remplace donc pas les données propres à un foyer. L’accès à une courbe individuelle dépend aussi du canal et de la collecte : la politique Enedis associe le relevé de courbe de charge à la demi-heure pour la facturation au consentement. Une courbe moyenne de milliers de sites ne permet pas d’inférer finement les démarrages d’appareils ni le comportement solaire d’un logement particulier.
Choisir le pas selon la décision à prendre
Pour estimer un ordre de grandeur annuel, des données agrégées ou des profils au pas de 30 minutes peuvent servir de point de départ, à condition d’annoncer qu’il s’agit d’une estimation. Pour comparer production et consommation d’un site, alignez les horodatages et les unités, distinguez énergie soutirée et énergie injectée, puis calculez séparément les bilans par intervalle. Si la question porte sur le pilotage d’un chauffe-eau, d’une batterie ou d’une recharge, une maille plus fine est préférable lorsque des mesures adaptées sont disponibles ; une série plus grossière ne peut pas reconstituer les pointes qu’elle a moyennées. Enfin, testez la sensibilité du résultat en comparant plusieurs pas disponibles. Si le taux d’autoconsommation change nettement, présentez cette plage plutôt qu’un chiffre unique faussement précis.