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Blanchisserie : examiner les températures de procédé avant la chaleur solaire

09.10.2026

Pour intégrer la chaleur solaire en blanchisserie, ne partez pas d’une température unique : relevez les besoins et horaires de chaque poste, puis examinez les points d’injection avec les opérations de récupération de chaleur.

Une blanchisserie n’a pas une seule température utile

La bonne question n’est pas « quelle température faut-il à une blanchisserie ? », mais « à quel niveau, à quel moment et pour quelle opération la chaleur est-elle demandée ? ». Une ligne de lavage peut combiner remplissage rapide d’une machine, bains, eau d’appoint et production de vapeur. Ces usages ont des profils et des interfaces différents ; une température relevée au départ d’une chaudière ne décrit donc pas à elle seule le besoin de chaque poste. Le projet allemand SoProW-Demo a étudié l’intégration solaire avec des mesures d’efficacité énergétique dans trois blanchisseries industrielles [Fraunhofer ISE](https://www.ise.fraunhofer.de/en/research-projects/soprow-demo.html). L’enseignement pratique est de dresser une carte des consommateurs avant de dimensionner une installation.

Mesurer avant de choisir le point d’injection

Commencez par relever, à intervalles suffisamment rapprochés pour voir les cycles, les températures d’eau et de retour, les débits ou volumes, les appels de vapeur, ainsi que les heures de marche. Associez chaque mesure à un équipement et à une étape de production : sans cette correspondance, un chiffre moyen peut masquer les pointes de remplissage ou les phases où la demande tombe. Dans SoProW-Demo, le suivi des consommations a servi à repérer des possibilités de récupération de chaleur par analyse pinch. Le relevé doit donc permettre de comparer des flux chauds disponibles avec des besoins qu’ils pourraient préchauffer ; cela reste à confirmer par bilan et contraintes de qualité d’eau.

Séparer température de procédé et température d’alimentation

Pour chaque usage, distinguez au moins trois valeurs : la température que doit atteindre le linge ou le bain, celle de l’eau entrant dans l’équipement et celle que doit fournir l’échangeur pour compenser ses pertes. Ces niveaux ne sont pas nécessairement identiques. C’est une distinction de conception : si l’on retient uniquement la consigne finale, on risque d’exiger du solaire une température inutilement élevée ; si l’on retient uniquement l’eau froide d’entrée, on peut ignorer la température garantie par le système conventionnel. Le pré-diagnostic de l’IEA inclut le niveau thermique de la chaleur de procédé ; sur site, il faut donc vérifier les consignes et les températures réellement observées, poste par poste [guide d’intégration](https://pubs.iea-shc.org/Data/Sites/1/publications/2015-05-Task49-Guidelines-Developed-for-Process-Heat-Integration.pdf).

Cartographier les intégrations possibles

La chaleur solaire peut être envisagée sur un circuit d’alimentation, sur l’eau de procédé ou en amont d’un équipement, sous réserve d’une conception compatible avec le fonctionnement existant. Pour chaque point candidat, notez la température d’entrée, la température visée et la manière dont l’appoint conventionnel reste capable de satisfaire la demande. L’IEA distingue l’identification des points d’intégration et le choix des concepts solaires associés. C’est utile en blanchisserie, où l’ajout d’un préchauffage n’a pas les mêmes conséquences qu’un raccordement au réseau vapeur : le point de couplage doit être explicite sur le schéma de l’installation [guide d’intégration](https://pubs.iea-shc.org/Data/Sites/1/publications/2015-05-Task49-Guidelines-Developed-for-Process-Heat-Integration.pdf).

Récupérer d’abord, puis examiner l’apport solaire

La chaleur récupérable peut modifier à la fois la quantité d’énergie achetée et le profil de température restant à fournir. Il faut donc analyser ensemble récupération interne et solaire, plutôt que d’ajouter des capteurs à une demande brute. En pratique, commencez par examiner les échanges possibles entre eaux de lavage usées et eau froide entrante, puis réévaluez les températures et les horaires après cette étape. Ce n’est pas une promesse de récupération : compatibilité des flux, encrassement, qualité d’eau et fonctionnement réel doivent être vérifiés sur site. Les objectifs de la Task 49 incluent l’optimisation de l’intégration thermique par analyse pinch et gestion du stockage [IEA SHC](https://task49.iea-shc.org/objectives).

Raisonner par profils et usages, pas par moyenne annuelle

Une fois les usages classés, comparez leurs niveaux de température, leur durée, leur régularité et leur simultanéité avec la disponibilité solaire. Un besoin régulier en eau de procédé peut offrir une meilleure fenêtre d’intégration qu’un appel bref et imprévisible, même si les deux affichent une consommation annuelle appréciable. À l’inverse, des cycles de production en soirée ou des pointes élevées peuvent imposer un stockage, une stratégie de préchauffage ou un appoint conventionnel ; ce sont des options à étudier, pas des solutions automatiques. Les horaires de production doivent figurer au relevé initial : ils aident à juger si besoin et solaire peuvent se rencontrer.

Une fiche de relevé simple pour avancer

Pour chaque machine ou circuit, consignez : étape de lavage, température de consigne, température d’entrée et de retour, débit ou volume par cycle, durée et fréquence des cycles, source actuelle de chaleur, disponibilité en journée et possibilité de récupération. Ajoutez les contraintes de qualité du linge, de sécurité et de continuité de production à confirmer avec l’exploitant et le fabricant. Notez également les surfaces de toiture ou de terrain mobilisables, sans supposer qu’elles sont toutes utilisables : accès, ombrage, structure et réseaux doivent être vérifiés. Vous obtenez alors une hiérarchie de besoins plutôt qu’un chiffre global. Le pré-diagnostic devient une base vérifiable pour une campagne de mesures et une simulation, pas un dimensionnement définitif.

Sources

  1. Fraunhofer ISE
  2. IEA Solar Heating and Cooling Programme, Task 49
  3. IEA Solar Heating and Cooling Programme, Task 49